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Sur le Chemin de l’école : l’interview

Par - le 23 septembre 2013

film Sur le Chemin de l'école

Terres d’Aventure est partenaire d’un très beau film documentaire « Sur le chemin de l’école » dont la sortie nationale est prévue le 25 septembre.
Ce partenariat s’est imposé comme une évidence pour nous parce que nous connaissons bien Pascal Plisson, le réalisateur, et Barthélémy Fougeat, le producteur, avec qui nous avons déjà eu l’occasion de collaborer sur des projets de film notamment lors de notre premier Festival du Film Objectif Aventure.
Une évidence également car le sujet du documentaire axé sur l’enfance, la marche, l’accès au savoir dans différents pays nous a tout de suite interpellés.

Barthélémy et Pascal ont eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Voir la bande-annonce.
Pascal Plisson :

Comment est né ce projet de documentaire ?

Sur le chemin De l’école est né d’une rencontre improbable, qui m’aPascal Plisson bouleversée. J’étais en repérage pour un film animalier, près du lac Magadi, au nord du Kenya. Avec le chauffeur qui m’accompagnait,nous avions arrêté la voiture pour observer. Il faisait 35 degrés, c’étaitun jour blanc, la lumière était aveuglante. Au loin, j’ai vu se profiler des formes bizarres dont les contours ondulaient dans les volutes de chaleur. Impossible de savoir s’il s’agissait de zèbres, d’autres animaux ou d’humains. Ces formes sont directement venues vers nous et j’ai vite identifié trois jeunes guerriers Massaï. Je connais bien ce peuple et j’ai tout de suite remarqué l’étrange sacoche en toile de jute qu’ils portaient sur le dos. C’était très inhabituel. Ils m’ont expliqué que c’était un cartable et qu’ils étaient partis de chez eux avant l’aube, courant depuis deux heures, pour rejoindre une école située derrière la colline, au-delà du lac. Très fier, le plus jeune m’a montré son ardoise et son stylo. Pour ne pas être en retard, ils sont vite repartis… et je suis resté sous le choc. Je voyage depuis toujours.J’ai croisé beaucoup de gamins dans leur genre, partout sur le globe, sur le bord des routes, dans la savane, dans les forêts, mais jusque-là, je n’avais jamais pris conscience des exploits que ces enfants accomplissent pour accéder au savoir. Cela m’a bouleversé. Peut-être parce que j’ai moi-même quitté l’école très tôt pour courir le monde. Peut-être parce que depuis, je me suis rendu compte que continuer mes études m’aurait été utile. Moi qui pouvais aller à l’école si facilement, j’ai choisi de m’en éloigner. Lorsque, aujourd’hui, je vois mes filles qui râlent un peu le matin pour y aller alors que ceux que j’ai croisés au milieu de nulle part risquent souvent leur vie pour s’y rendre, ça m’interpelle. Le savoir est fondamental. L’école est une chance. Découvrir ces enfants prêts à tout pour accéder au savoir m’a profondément ému. Ces jeunes Massaï ont renoncé à être des guerriers pour aller vers l’éducation. J’ai voulu faire ce film sur ces enfants. »

Comment avez-vous su gagner la confiance des enfants que vous avez filmés ?

enfant sur le chemin de l'école« Ces enfants ne sont pas des acteurs et je ne voulais pas qu’ils essayent de jouer la comédie. Je souhaitais qu’ils vivent leur vie comme d’habitude. Pour parvenir à ce qu’ils soient naturels malgré notre présence, il fallait qu’ils aient confiance. Pour établir ce lien, j’ai passé énormément de temps avec eux. Je suis allé les voir, je leur ai parlé. Seul, sans caméra. J’ai passé beaucoup de temps à discuter avec eux, de leurs envies, de leurs rêves… Et puis ce sont des enfants qui s’intéressent à vous, donc il faut raconter aussi votre propre histoire. Ce n’est pas à sens unique. J’ai un rapport très direct avec les enfants. J’ai tout de suite créé des liens très forts avec eux, très émotionnels, comme à travers tous les films que j’ai faits. J’ai aussi fait le chemin de l’école plusieurs fois avec chacun, pour saisir concrètement comment ça se passait, ce qui leur arrivait… J’étais souvent seul, sauf en Argentine où Barthélémy était présent. Je me suis toujours adapté à leur situation. Je voulais qu’ils aient du plaisir à faire ce film. Je souhaitais qu’ils comprennent ma démarche, et que ce soit une expérience qu’ils aient envie de partager avec moi. On a dialogué, plaisanté, fait les idiots ! J’ai vécu avec eux. Les enfants m’ont donné ce qu’ils avaient envie de me donner. Je ne leur ai rien demandé. Ils m’ont donné en fonction de la relation que j’avais avec eux. Le film tient à cela. »

Avez-vous des nouvelles récentes de Jackson, Zahira, Samuel et Carlito ?

filles devant une vallée« Il est impossible de s’immerger dans ce genre de projet et d’en ressortir comme si rien ne s’était passé, en laissant les gens là où on les a rencontrés. Je vois toujours les enfants. J’entretiens une relation avec eux qui est très forte. Ça me fait quatre enfants en plus ! De toute façon, on ne peut pas faire un film comme ça sans en sortir indemne. Ce sont des enfants qui s’investissent pour vous, parce qu’ils vous font confiance. Je ne peux pas raconter n’importe quoi sur ces enfants. C’est moi qui suis venu les voir. J’ai changé Jackson d’école pour qu’il apprenne mieux. Je lui ai trouvé un parrain qui s’occupe de sa scolarité et de celle de sa soeur parce qu’il n’était pas question de les séparer pour toutes les raisons évoquées. Je suis retourné les voir en février dernier. Elle qui était si timide, qui ne regardait jamais dans les yeux, a littéralement explosé : elle parle anglais, elle est pleine de joie de vivre… Jackson n’était jamais monté dans une voiture, il n’était jamais allé en ville. Je l’ai emmené pour lui acheter un uniforme et il a découvert ce qu’était un grand magasin.
J’ai trouvé aussi un parrain à Samuel, qui leur construit une maison. Je le suis médicalement, on lui a trouvé un vrai fauteuil… Les besoins de Carlito et de Zahira sont différents, et nous avons travaillé avec les écoles ou les associations qui les appuient, comme Aide et Action. Je n’ai pas pour habitude de venir, de prendre et de partir. »

 

Barthélémy Fougea :

Barthélémy Fougea

Comment a eu lieu la rencontre avec Pascal ?

« Lorsque Pascal est venu me voir avec ce projet, le sujet m’a tout de suite parlé. J’ai toujours eu l’ambition de faire des documentaires pour la jeunesse, ce qui n’existe quasiment pas. J’avais déjà produit une série sur de tout jeunes musiciens – « Passions d’enfants » et cela m’avait enthousiasmé. Pour moi, le documentaire a une mission de transmission, d’apprentissage, mais on ne parle pas à un adulte comme on parle à un enfant. Quand on s’adresse à un enfant, il faut qu’il s’identifie à ce qu’il voit et qu’il retrouve les codes qui lui sont propres. C’était le cas ici, et le propos pouvait aussi toucher des adultes. Je recherche aussi une universalité des thèmes, car produire du documentaire se fait aujourd’hui de manière internationale. Sur le chemin De l’école aborde un thème qui concerne tout le monde, au-delà des clivages géographiques, culturels, religieux ou politiques. Le projet renferme une puissance immédiate qui rencontre un écho intime en chacun. Nous avons rencontré Jean-François Camilleri, le président-directeur général de Walt Disney Company France, qui s’est tout de suite engagé à nos côtés. Il a été notre premier soutien, et son appui nous a permis de lancer le processus de production. De la préparation à la postproduction du film, j’ai travaillé très étroitement avec Pascal. J’aime produire en étant concerné. Je ne suis pas uniquement un producteur qui s’occupe de montages financiers. Je m’intéresse à l’éditorial. C’est un aspect qui me fascine, et ce sujet-là me touchait particulièrement. »

Y a-t-il eu des écoles pour lesquelles vous n’avez pas eu l’autorisation de filmer?

fille lisant « Non, n’avons essuyé aucun refus de la part d’écoles. Il nous est arrivé de nous heurter à des peurs de la part de certains gouvernements pour qui le thème de la difficulté de l’accès à l’éducation était perçu comme une critique à leur égard. Nous avons par exemple trouvé un très joli sujet en Chine. Je finissais un film sélectionné à un festival chinois et j’en ai profité pour partir en repérage. J’ai trouvé l’enfant. Parallèlement, Aide et Action nous a parlé d’une petite fille au Maroc dans un environnement assez similaire. En Chine, les choses ont changé dès que l’on a dit que le sujet nous intéressait, car pour les Chinois, il n’existe officiellement aucun problème d’accès à l’éducation et le fait même de faire ce film impliquait qu’il pouvait y en avoir. C’était inacceptable pour eux. En quinze jours, ils ont sécurisé le parcours des enfants, ce dont on ne peut que se réjouir ! Le chemin parcouru ne s’inscrivait alors plus dans le sujet du film. »

Vous avez du rencontrer beaucoup d’enfants dans le monde comment avez-vous choisi ces 4 histoires ?

enfants sur un cheval« En l’espace de deux ans et demi, grâce à Aide & Action et l’UNESCO d’une part, et la bonne excuse de recontacter tous nos amis du documentaire dans le monde d’autre part, nous avons obtenu soixante histoires plus exceptionnelles les unes que les autres. Soixante enfants dans le monde qui ont compris que l’école était leur meilleure chance. A partir de cette recherche, il a fallu en choisir quatre. Parmi les soixante que nous trouvions toutes touchantes, émouvantes et symbole d’un courage absolu, nous avons choisi le Kenya, L’inde, le Maroc et l’Argentine. Mais l’aventure n’est pas terminée, car aujourd’hui, avec France 5, ICS China, E Africa, TV Escola Brésil et RTVC, nous engageons en coproduction internationale la série « Le(s) Chemin(s) de l’école », afin de continuer à partager et à témoigner de ces parcours extraordinaires et touchants. »

Sur le chemin de l’école.

Commentaires (8)
Monique BLANC24 septembre 2013 à 23 h 08 min

Bravo ! Car il ne suffit d’être seulement curieux et quelque fois voyeur, il faut aussi pouvoir donner tout simplement. Je trouve cette initiative remarquable. Encore bravo à tout ceux qui ont contribué à faire ce film. J’ai hâte de le voir. Monique

Monique BLANC24 septembre 2013 à 23 h 16 min

J’ai déjà voyagé avec Terres d’Aventure – organisation top ! Voyages « responsables » – respect de l’environnement – merci pour la façon avec laquelle vous abordez les pays et les peuples. Monique

Banafshé de Terdav25 septembre 2013 à 11 h 19 min

Un grand merci, Monique ! Ca nous fait très plaisir de lire des commentaires si enthousiastes 😉

s25 septembre 2013 à 18 h 53 min

quel beau film, j’espere que le petit indien et ses freres pouront aller à l’ecole en tuk tuk grace à ce film et au reseau d’entraide qu’il a permi, ce sont 4 merveilleuses histoires pleines de force et d’humanisme

Monique BLANC26 septembre 2013 à 12 h 23 min

Je regrette que le film passe dans si peu de salle et si loin de chez moi. Passera t’il à la télé ? Es ce qu’il y aura un dvd en vente ? Cordialement Blanc Monique

Eric de Terdav26 septembre 2013 à 18 h 06 min

oui le film sortira en DVD, mais pas avant 4 mois malheureusement.

Blanc28 septembre 2013 à 15 h 32 min

Merci je suis ravie que le film sorte en DVD . Cordialement Blanc Monique

mounir9 novembre 2013 à 23 h 38 min

bonjour je suis enseignant au Maroc et je cherche ce film que j ai promis à mes élèves.