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L’homme qui court

Par - le 2 mai 2012

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Sylvain Bazin, la star du Terdav Trail Word Tour ! Cette année, il a choisi de le passer sur les chemins qui mènent à St Jacques de Compostelle où le soleil lui sourit enfin. Courir pour Sylvain c’est plus qu’une passion, c’est un état d’esprit, une manière de vivre. Sa philosophie nous touche car elle est proche de la nôtre chez Terdav, et nous voulons simplement la partager avec vous, avec ses propres mots :

« Le Terdav Trail World Tour est pour moi, non l’aboutissement mais la suite et le développement d’un long processus. D’une démarche. Celle de ma vie. Je l’aborde assez peu, dans le fond, ou par petites touches […]. Vous l’avez cependant compris, la course à pied, l’aventure et les voyages y occupent une place importante. Ces activités ont en effet accompagné, construit mon existence depuis toujours ou presque. Tous les enfants courent, moi je n’ai juste jamais arrêté. Courir m’a toujours procuré une sensation d’évasion, mêlée de souffrance et de plaisir, qui m’attire. Qui me permet aussi d’essayer de me sentir vivre.

 

Se sentir vivre. C’est sans doute là la clef de ma démarche. Dans une société où la plupart des gens passent leur temps à tenter de gagner de l’argent ou de générer des profits par des activités qui les enchaînent, pleines de contraintes, imposées par une société de plus en plus réglementée, où ils rêvent de vivre vraiment, d’amour et de communion avec le monde (enfin il me semble que certains s’en rendent plus ou moins compte), j’essaye de vivre selon mon propre tempo. Il ne s’agit pas, vous l’aurez compris, de vivre dans l’oisiveté. J’essaye cependant de m’imposer mes propres règles, tout en respectant les autres. La marche, la course et le voyage sont les lieux qui m’apparaissent comme les plus adaptés pour assouvir cette soif d’exister, cette nécessité aussi de vivre autrement, car je n’ai finalement pas le choix que de suivre ma propre ligne de conduite. Par la découverte, les sensations, le défi aussi, et enfin le sentiment de liberté que souvent ces activités et le style de vie qui en découle, pour moi, me donnent, je me sens effectivement exister vraiment, enfin j’essaye.

Bien sûr le plaisir de voyager, tout simplement, ouvert au monde et à la rencontre, l’esprit à la contemplation est bien présent. Mais ce n’est bien sûr pas tout. Mes voyages, mes courses, sont aussi une quête personnelle et presque métaphysique. Aller au-delà, surpasser le vide de ma vie, se transfigurer pour enfin exister à défaut de se sentir vraiment bien dans la société à laquelle, malgré tout, j’appartiens plus ou moins. Une façon d’être au monde, en mouvement car il me semble que l’immobilité nous rapproche de la mort. L’idée aussi de créer quelque chose, comme une oeuvre d’art, en courant et en marchant, par mon déplacement dans ces grands espaces.

La course m’a accompagné, m’a construit aussi, depuis toujours. Plus qu’une pratique sportive, elle fut et reste sans doute pour moi le moyen de me situer, en décalage je pense mais cela doit tenir là à ma personnalité profonde, ma façon de vivre. J’ai bien sûr connu pas mal d’année « compétitives », sans être jamais un pur « fierce competitor ». Je gagnais certes pas mal de courses, mais la course était déjà et surtout une recherche personnelle, pour se transcender et m’échapper, tout en plongeant vraiment, ou en essayant, au coeur des choses. Pour sentir la force des éléments, pour voir la grande âme du monde. Le voyage, que mes parents m’ont donné la chance de découvrir très jeune, m’a également toujours paru un moyen de découvrir les autres, le vaste monde et soi-même, par le déplacement et la nouveauté. Depuis quelques années, j’ai pu associer ces deux choses, en découvrant le trail, puis les grandes courses par étapes dans les coins les plus beaux et les plus « extrêmes » de la planète, lieux tellement propices à la rencontre avec les « forces de l’esprit » auxquelles je crois. La découverte du désert saharien, de l’Himalaya, des vastes steppes mongoles m’ont bien entendu marqué. Aujourd’hui, en concevant et en m’élançant pour ce nouveau projet, je poursuis donc une ligne que j’écris depuis toujours.

Bien entendu, j’espère pouvoir partager avec vous, avec mes mains, par l’écrit et par l’image, mes voyages, mes découverte et aussi, un peu, de ma façon de vivre et d’envisager la vie. Attention, je ne dis pas que je suis un exemple. Ma vie, les solutions que j’essaie de trouver pour la poursuivre, a quelque chose d’extrême, même si ce mot me gêne terriblement. La solitude, semble t il inaliénable à ce style de vie, y est terriblement dure. Mais j’espère créer quelque chose de bon, de beau, en marchant ainsi à travers les chemins. Passer aussi un message. Certes, tout le monde ne peut et ne doit pas vivre ainsi, mais chacun peut, selon ses aspirations, se rapprocher d’un mode de vie plus simple et plus tourné vers la nature, le partage et la contemplation, dans le mouvement où l’on retrouve un peu d’harmonie avec le mouvement du monde. Dans, Courir le monde, de E. Buhl, un livre qui m’a beaucoup touché et qui décrit de façon romancée la vie de Mensen Ernst, le premier coureur professionnel connu, qui relia à pied Paris à Moscou dans les années 1810 et mourut en allant découvrir les sources du Nil (il semble d’ailleurs qu’il y soit allé), dans une ambiance post-révolutionnaire, il est écrit « Si tu ne te sens pas adapté à la société, ne te change pas. Change la société. ». Certes, je n’ai pas cette prétention. Mais en marchant ainsi sur les grands chemins du monde, sur des parcours marqués aussi de spiritualité, j’espère aussi donner un aperçu de ce dont je rêve pour le monde et d’une vie plus proche de la nature et de son mouvement. A bientôt sur les chemins! »

Commentaire (1)
Sandra3 mai 2012 à 10 h 01 min

Superbe démarche, se sentir vivre, exister et partager cette sensation, j’adhère à 100% !