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Objectif Aventure 2017 – Rencontre avec la réalisatrice de « Into the Sea »

Par - le 6 janvier 2017

Cette semaine, pour patienter jusqu’au festival, nous avons interrogé la réalisatrice Marion Poizeau au sujet de son documentaire Into the Sea, sélectionné dans la catégorie Rencontres d’exception. Ce film est l’histoire de trois jeunes femmes qui vont réaliser l’impensable : introduire le surf en Iran. Toutes les trois sont convaincues du pouvoir du sport comme moyen de briser les barrières culturelles.

 

Bonjour Marion, pouvez-vous nous raconter la genèse de ce film ?

Marion PoizeauLa première fois que je suis partie en Iran, c’était en 2010, le 11 septembre 2010 précisément. J’ai posé le pied sur le sol persan pour la première fois. Je devais retrouver la surfeuse irlandaise Easkey Britton et toutes les deux, on avait prévu d’explorer la côte pour savoir si on pouvait surfer. L’idée venait d’un ami qui voyage et qui surfe beaucoup. Il savait qu’il y avait potentiellement des vagues en Iran et surtout que le sport ne se pratiquait pas encore dans le pays. Il a donc organisé le voyage, pris tous les contacts, tout prévu… mais il a raté son avion !

Avec Easkey, on s’est donc rencontrées pour la première fois à Téhéran et on a décidé de continuer l’aventure. C’est comme ça que l’histoire est devenue 100% féminine. La seule région où l’on pouvait trouver des vagues, c’est au Balutchistan dans le sud-est du pays. J’ai fait un petit film de ce premier voyage qui a été vu 1 million de fois sur Internet. On a eu des retours d’Iraniens et d’Iraniennes qui nous demandaient si on pensait revenir.

Alors en 2013, on a décidé de repartir et d’apporter des planches à partager. J’ai voulu allier mes deux passions, le cinéma et le sport, pour faire un long-métrage de cette nouvelle odyssée avec un vrai projet cinématographique.

Into the Sea, de Marion Poizeau

Ce projet 100% féminin met en avant l’action de trois jeunes femmes en Iran. Comment avez-vous été accueillies sur place ?

Quand j’ai réfléchi à l’histoire et à mon film, j’ai imaginé qu’en fédérant un groupe de femmes autour du surf, on encouragerait plus facilement d’autres femmes à se jeter à l’eau. Et puis pour moi c’était important de partager cette aventure avec des femmes. J’ai fait des recherches sur Facebook et j’ai trouvé deux sportives iraniennes déjà très engagées dans leur discipline. Mona Seraji qui est professeur de snowboard à Téhéran et qui a été la première Iranienne à enseigner le snowboard dans le pays, et Shalha Yasini qui est nageuse à Zahedan et qui a été l’une des premières femmes à faire de la plongée sous-marine en Iran. Deux pionnières avec qui je voulais écrire cette histoire.

Je leur ai donc écrit pour savoir si elles voulaient se joindre à nous et apprendre à surfer. Elles ont répondu positivement sans hésiter. Sur place, nous avons été très bien accueillies et même supportées par les autorités religieuses locales rassurées par notre respect des règles et des coutumes.

Into The Sea

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué sur le tournage d’« Into the Sea »?

Le tournage n’a pas toujours été facile. L’obtention des visas, les problèmes techniques, la barrière de la langue. Heureusement, j’ai travaillé avec une équipe de cinéastes iraniens qui m’a apporté une aide précieuse pour me permettre de comprendre les codes et de faire une présentation objective. Ensemble, on a pu confronter nos points de vue pour parler d’un pays dont je ne connaissais pas forcément la complexité en amont.

Vous avez aussi créé le collectif « We surf in Iran ». Quel est son but et quel bilan tirez-vous de cet engagement ?

Les objectifs de l’association « We Surf in Iran » sont nombreux. Permettre l’accès au surf au plus grand nombre, organiser l’enseignement du surf, former de futurs moniteurs iraniens, construire une école de surf sur la plage de Ramin, développer la fabrication de planches de surf, initier la création d’une fédération de surf iranienne, organiser un événement international avec la participation d’athlètes étrangers dans le cadre d’un échange culturel, sensibiliser les surfeurs au respect de l’environnent et à la sécurité dans l’océan, développer une tenue adaptée aux femmes pour la pratique du surf dans le respect de leur culture… Cette belle aventure humaine m’a beaucoup enrichie personnellement. Je me suis fait de nombreux amis et j’ai pu découvrir la culture iranienne.

Into The Sea

Votre prochaine aventure ?

Ma prochaine aventure, c’est le cinéma ! Je travaille sur l’écriture de deux longs-métrages, deux fictions qui, j’espère, verront le jour prochainement…

Into The Sea