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A l’assaut du Kilimandjaro !

Par - le 22 mars 2011

Plus haut sommet d’Afrique, le Kilimandjaro est un paradis pour les randonneurs : le récit d’une ascension.

Après avoir traversé la moitié du continent africain, l’avion survole maintenant la vallée du Rift, les chapelets de lacs, nous apercevons le Mt Kenya sur notre gauche, puis le Kilimandjaro, en-dessous, les kraals des villages masaïs, ne sont que de petits cercles, des barrières d’épineux, qui grossissent avec la perte d’altitude. Kilimanjaro Airport est au milieu de la steppe masaï, entre Arusha et Moshi, au pied de la montagne chère à Hemingway.

Court transfert jusqu’à notre lodge, rencontre avec notre accompagnateur, parlant français, et arborant un large sourire. Recommandations pour la préparation du sac, briefing pour la première étape. Notre motivation est au plus haut, même si pour la majorité d’entre nous, monter à presque 6000 mètres, représente un challenge jamais tenté jusqu’à présent.

Après une nuit réparatrice, un copieux petit déjeuner, nous partons pour l’entrée du parc, traversant de nombreux villages Chagga, au milieu des plantations de café et banane. Nous avons à peine posé le pied à terre, que notre équipe de porteurs s’active à décharger les sacs, et répartir les charges.

Nous remplissons les formalités d’usage, le guide principal vérifie le chargement des porteurs, et nous nous élançons sur un sentier qui serpente dans la forêt tropicale d’altitude, passant à travers les fougères arborescentes et des arbres gigantesques, bruit de l’eau qui dégouline entre les troncs, terreau, humus, racines et souches polies par le passage des grimpeurs. Du vert, rien que du vert, et les cris des touracos, ces oiseaux qui peuplent les zones boisées d’Afrique subsaharienne.

La végétation change avant l’arrivée au camp de Machame, quelques touffes d’herbes, et une forêt de bruyères. Avec un peu de chance, on peut observer, au milieu des branches, le sommet au coucher du soleil. Repas pantagruélique, avant une nuit où l’altitude ne se fait pas ressentir.

Nous partons guillerets de Machame : le sentier descend dans un petit vallon et tout de suite après attaque la montagne. Un raidillon ! Qui grimpe entre des forêts d’arbustes et débouche au bout de trois heures d’efforts sur un replat où dévalent des torrents d’eau glacée. Ce matin, le guide disait : « vous voyez les montagnes de la chaîne de Shira sur la gauche ? Et bien ce soir, nous camperons là-bas ! ». Perdues sous les nuages, elles nous semblent inaccessibles.

Mais le soir venu, nous les dominons en effet. Plantée sous un bloc de lave, la tente ouvre sur les crêtes dentelées du plateau de Shira, balayé par le vent. A cette altitude, seuls les troupeaux d’élans et de buffles résistent à la nuit glaciale et trouvent la force de courir devant les groupes de lions qui parfois rôdent sur le plateau. Quant à moi, un mal de tête bien épais m’enserre le crâne.

La tente est ouverte sur le Kibo (le massif du Kilimandjaro est constitué de trois volcans, Mawenzi à l’est, Shira très érodé, et le Kibo où se trouve le sommet), et nous pouvons apercevoir la brèche ouest et les glaciers. La température vient de repasser en dessus de zéro, et nous commençons notre progression jusqu’au col de Lava Tower, avant de redescendre dans la vallée de Barranco, sous les glaciers suspendus, plus beau bivouac de notre ascension.

Ce soir, sur le flanc droit de la vallée de Barranco, le soleil de fin d’après-midi remonte lentement sur la montagne en chassant les nuages. La forêt de séneçons s’illumine quelques secondes au pied de la falaise tendue vers Kibo, majestueux et doré.

Mais par où passe-t-on ?, c’est la question que l’on se pose au pied du mur du Barranco. Un petit sentier, qui a été aménagé par endroits, serpente et nous fait, en un peu moins de deux heures, dominer toute la vallée et la steppe masaï, avec la silhouette du Mt Meru qui se profile au loin. Nous traversons les vallées des pentes sud, avant de remonter en direction du dernier camp, Barafu, au pied de la voie d’ascension. Préparation des sacs, le départ sera dans la nuit, dîner et repos de quelques heures.

Le guide vient nous réveiller, nous avons tous l’impression de ne pas avoir dormi, l’altitude ne facilitant pas le repos du guerrier ! Légère collation, il n’est pas recommandé de partir le ventre plein, et l’appétit manque, toujours l’altitude. Départ à 1h du matin, le ciel est étoilé, superbe, la voie lactée nous éclaire, et la Croix du Sud est à la verticale, notre guide rythme la marche, nous progressons lentement, en silence, et nous pouvons apercevoir les autres groupes, cordon de lampes frontales qui serpentent sur les flancs du Kibo.

Après 3 heures du matin, le froid devient plus intense, le manque d’oxygène et l’effort se font de plus en plus ressentir, mais tous avons la motivation d’aller jusqu’au sommet. Nos guides et notre accompagnateur sont aux petits soins, font tout pour nous faciliter la tâche et nous encouragent pour ne pas abandonner si proche du but.

Sur la droite, l’horizon commence à rougeoyer, et nous apercevons les pics acérées du Mawenzi, sur notre gauche un énorme glacier, posé là comme une sentinelle, à quelques encablures du cratère. Le guide s’arrête, et pointe du doigt une arrête, Stella Point, qui rejoint le sentier menant au sommet. Les derniers mètres sont raides et épuisants, mais la récompense est au-delà de nos espérances, jamais nous n’aurions imaginé un cratère aussi important.

Au loin, les glaciers nord commencent à étinceler face aux rayons naissants du soleil. Un sursaut d’énergie nous fait rejoindre le sommet, Uhuru Peak, en un peu moins de 40 minutes. Tout le groupe est arrivé, chacun a le visage marqué, nous nous félicitons et tombons tous dans les bras des uns des autres, presque une semaine sur la montagne. Nous profitons de ces instants magiques au sommet du continent africain pour apprécier l’immensité du cratère du Kilimandjaro. Un peu excentré, un autre cratère laisse s’échapper des émanations sulfureuses.

Nous redescendons par la même ligne de crêtes, jusqu’à Stella Point, la perte d’altitude sera ensuite rapide jusqu’à Barafu. Nous reprenons nos esprits, les porteurs s’activent, un repas nous est servi, nous devons refaire nos sacs, car il faut continuer jusqu’au dernier camp de notre expédition. Nous arrivons, pour certains à grand peine, à Mweka Camp, au milieu de la forêt, avec l’impression d’avoir « trop » d’oxygène ! Nous passons la soirée à nous remémorer les souvenirs de l’ascension, que d’émotion. Demain, descente dans la vallée, et retour à notre quotidien, nous nous promettons tous de nous revoir, d’échanger des photos, et peut-être de repartir tous ensemble. Le Kili, ca rapproche !

Par Eric Christin

Commentaires (3)
pitiot jy23 mars 2011 à 17 h 02 min

sublime pour moi un reve car les pieds, sinon je viens merci cordialement

pitiot jy23 mars 2011 à 17 h 02 min

sublime merveilleux

gan5028 mars 2011 à 17 h 46 min

ce récit est sublime et j’ai revécu cette semaine forte en émotions grace à ton carnet
d’après les photos vous aviez de la neige gla gla…
bravo à toi