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La Diagonale d’un fou !

Par - le 11 décembre 2015

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Faire le Grand Raid était pour moi un rêve fou depuis de nombreuses années. Mes dernières participations à des trails de plus en plus longs et de plus en plus durs, m’ont permis de penser que, cette année, j’étais enfin prêt physiquement et surtout psychologiquement à le tenter !

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Sur la ligne de départ de la Diagonale des fous

Après 2 jours d’acclimatation à la chaleur, je me retrouve sur la ligne de départ dans une ambiance de feu durant plusieurs kilomètres. Des milliers de personnes au bord de la route ! C’est la folie, on est dans le stade vélodrome du trail ! Et ça ne baissera pas beaucoup d’intensité par la suite, même la nuit. Aux cris de « Allez les raideurs » et à nos prénoms (marqués sur nos dossards) hurlés, ils ne cesseront jamais de nous encourager.

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1ère journée, 1ère nuit : l’amorce

Sans titre

Au départ, quelques kilomètres de goudron, puis nous continuons sur des pistes longeant des champs cultivés et traversant des villages – toujours en folie – pour ensuite enchaîner sur les singles bordés de barbelés. Interdiction de tomber dessus 😉 mais la pente des chemins boueux avait tendance à nous y emmener naturellement, donc vigilance.
Un énorme bouchon s’est rapidement produit à cause de 2 descentes très techniques et glissantes (pléonasme à La Réunion. Ça gueulait de partout car nous avons dû faire 1 km en 90 mn ! Puis enfin la libération, et je peux enfin bien courir, et d’ailleurs très rapidement je me retrouve seul pendant un bon moment même si je vois les grandes guirlandes de frontales devant et derrière.
On voit une lueur rouge et de la fumée dans le ciel sur notre droite. Le volcan s’est à nouveau réveillé le jour même. La nuit se passe très bien et j’arrive le samedi à 8h à Piton Textor (km 40).

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2e journée, 2e nuit : le manque de sommeil

Le début de la descente sur Cilaos est hyper technique : beaux rochers bien ronds et lisses ultra glissant. Arrivée à Cilaos (km 66) peu avant 15h, je choisis de ne pas dormir, erreur car même une demi-heure de repos m’aurait fait du bien en prévention. C’est à la tombée de la nuit, au pied du Taïbit, que j’en paye le prix fort ; je perds l’équilibre à plusieurs reprises et sur ces chemins parfois très aériens, c’est chaud !
J’atteindrai vers 20h le ravito de Marla (km 80), je ne veux qu’une seule chose : dormir. Je me couche 1 heure mais ne trouve pas le sommeil, et lutte pendant cette heure contre le froid ; un repos bien contre-productif ! Finalement, je repars en gardant toutes mes fringues sur moi et arriverai à me réchauffer en marchant très vite dans la plaine des Tamarins en direction du col des Bœufs. Et à cause du manque de sommeil (ma 2e nuit sans dormir donc) arrivent les hallucinations !

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3e journée, 3e nuit : 90mn de repos

Finalement avec le jour qui se lève, les crises de sommeil s’estompent un peu, pas les hallus. Le lever du jour dans Mafate est magnifique, et nous voyons 1500m plus haut le col de Maïdo qui nous paraît être un géant infranchissable. Mais en d+, on sera plus près des +2000 car ce ne sont pas des montées directes et souvent on monte +200 puis on redescend tout avant de tout remonter. Dans ces cas-là, j’adopte un rythme lent et hyper régulier et vers midi, je serai au sommet sous une très grosse chaleur (km 110) !

Quand on regarde le profil de la course, on a l’impression que quand on en est à Maïdo, c’est plié. Grave erreur de ma part car la suite après le gros ravito de Sans Souci (km 125) sera un enfer pour moi. D’abord à cause de la très grosse chaleur car on est redescendu au niveau de la mer et des chemins qui redeviennent hyper raides et techniques. Quand je dis technique, nos Calanques, c’est vraiment de la rigolade à côté. Toujours ces gros blocs chaotiques bien ronds recouverts de sable fin, donc hyper glissants, ou recouverts de boue toujours glissants aussi. Et il restait quand même 40 km et 1900m de d+ découpés en montagnes russes.

Cela commence pourtant par un chemin normal sur 10 bornes et +600 à travers des villages et des champs de cannes à sucre. Avec toujours une super ambiance dans les villages où à un moment, 5 enfants âgés de 5 à 6 ans m’ont proposé de me faire chacun un hug pour m’encourager.

La redescente fut terrible pour moi et surtout pour mes pieds. Je l’attaquais en même temps que commençait ma 3ième nuit et avec mes pieds fracassés, je commençais un long chemin de croix
sur les chemins Ratineau et Kaala où l’ont retrouvaient les coureurs du Bourbon.

Arrivé je ne sais comment à La Possession (22h20, km 144), je décidai de me coucher coûte que coûte pour dormir pour de bon cette fois-ci. 90mn de dodo après, je reparti sur le fameux chemin des Anglais (des gros pavés au sol parfois chaotique). Une vrai souffrance pour mes pieds mais, la nuit aidant, il ne faisait pas trop chaud heureusement. J’arrive finalement à Grand Chaloupe à 2h30 du matin et après un ravito très court je repars d’abord par la 2e partie du chemin des Anglais puis un chemin normal mais boueux jusqu’à Colorado dans la dernière montée du trail. Quel bonheur inespéré d’arrivée là (6h14 km 160). Une dernière descente hyper casse-gueule m’attend car hyper boueuse. Il y a eu une bonne averse quelques heures avant qui a transformé cette descente en toboggan.

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L’arrivée tant méritée

L’arrivée à St Denis au fameux stade de La Redoute fut un grand bonheur. Bien sûr avec l’euphorie du passage de la ligne d’arrivée, j’oublie mes douleurs et mon énorme envie de dormir car je n’ai dormi que 90’ en 3 nuits et 58h30 de course. Les 2 km à pied supplémentaires pour rejoindre mon hôtel, me paraissaient qu’une simple balade urbaine.

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Ce trail extraordinaire est vraiment à part, et il me marquera à vie par la beauté de ses paysages, l’ambiance autour de la course et son extrême difficulté. C’est largement ce que j’ai fait de plus fort et de plus dur jusqu’à maintenant.
En plus, sur la fin, les barrières se relâchent énormément et j’ai eu finalement 8h30 d’avance sur la BH finale.

Bizarrement, même s’il me reste une grande fatigue et des pieds gonflés et concassés, je n’ai eu aucune courbature ni douleur articulaire.

C’est une course où il faut rester 100% vigilant sur les chemins aériens sous peine de catastrophe et où il ne faut pas hésiter à anticiper le sommeil plutôt qu’à avancer comme un zombie en prenant des risques de chutes graves.

Maintenant place à la récup avec 3 semaines sans aucun sport, et après je réfléchirai, négocierai et déciderai pour 2016 mais ce sera Echappée Belle ou le Tor des Géants.

 

 

 

Commentaire (1)
rita11 décembre 2015 à 17 h 19 min

superbe………… 🙂