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L’Expédition au pic Lénine vue par Lionel

Par - le 1 août 2013

Marion vous l’avait annoncé dans un précédent article, c’est au tour de Lionel de nous raconter son expédition. De retour mardi comme prévu, il nous livre ses impressions sur ce voyage, l’ascension du pic Lénine et la vie en haute montagne.

© Laurent Vivien-Raguet

Un voyage lent et humble

Je tiens tout d’abord à remercier mes deux amis de cordée : Jorge, le Chilien de cœur et Denis, le Gersois de souche. Merci à Laurent, notre guide de haute montagne qui conjugue deux qualités rares : compétence et gentillesse (je suis fier que Terres d’Aventure puisse s’appuyer depuis toujours sur des guides de ce niveau). Merci à Didier et à Marica pour l’organisation de cette expédition et pour leurs conseils. Merci à Paul Petzl qui a prêté tout le matériel technique (harnais, crampons, piolet…) dont la réputation n’est plus à faire. Merci à Eric Pansier qui nous a offert du matériel The North Face (doudoune, gants, sac de couchage et veste GORE-TEX®). Tout ce matériel continuera son efficacité car nous avons décidé d’en faire don à nos guides locaux sur les grandes expéditions. Et enfin merci à ma famille, mes amis et toute l’équipe de Terres d’Aventure de m’avoir gentiment soutenu, encouragé.
Beaucoup de grands alpinistes, écrivains-voyageurs ont su vanter, décrire de manière remarquable ces hauts sommets. Je ne me permettrai donc pas de m’inscrire dans cette continuité. Ce petit billet final qui vient conclure le blog est davantage une synthèse de mes impressions et de mon vécu de cette expédition. Je qualifierai cette aventure par deux mots : lenteur et humilité. Pour illustrer ce propos, je reprendrai certains éléments soit factuels soit davantage d’ordre personnels.

Un voyage lent

© Laurent Vivien-RaguetLe pic Lénine (7134 m) se trouve au sud-est de la Kirghizie. De Paris au camp de base, cela représente déjà un long périple d’approche (6 jours aller/retour). Le temps de l’acclimatation (4 camps : 3600, 4300, 5300 et 6200) nécessite à chaque étape une période d’adaptation où tous les gestes deviennent un effort, il s’agit de ralentir chaque mouvement.
Plus on monte, plus l’appétit diminue mais il faut continuer à s’alimenter car on brûle beaucoup de calories : il faut se forcer à manger très lentement, quitte à ce que le repas prenne beaucoup de temps. On se déshydrate vite, il faut donc boire beaucoup et la nuit il faut se lever plusieurs fois : sortir de son sac de couchage, embotter ses chaussures, sortir par -20 et se soulager… un aller/retour inhabituellement lent.
L’équipement (chaussures, équipement technique et surcouche de vêtement) est en soi chaque matin et chaque soir, un acte long.
La marche elle aussi nécessite une mise en condition de la bonne lenteur pour adapter son propre rythme à l’altitude.
Le passage des crevasses nécessite vigilance et lenteur pour l’assurer en toute sécurité.

© Laurent Vivien-RaguetMais ce rythme lent est aussi un moment privilégié pour couper avec son rythme de vie (plus de téléphone, de mails) et s’adonner à des activités que l’on ne pensait plus accessibles. En montagne, on rêve beaucoup (mes deux amis de cordée en ont aussi fait l’expérience) et le matin on se raconte comme des gosses ceux dont nous nous souvenons. Les temps d’acclimatation sont aussi un moment privilégié pour se retrouver avec soi-même (sa vie amoureuse, familiale, amicale, professionnelle,…). Ces longs moments d’acclimatation permettent aussi de retrouver certains goûts comme la lecture dans mon cas. Personnellement, j’ai pu me délecter de 5 livres :
– une relecture de 2 classiques : Les Justes de Camus (une pièce qui se situe en 1905 à Moscou, un clin d’œil au pic Lénine) et Désert de Le Clezio (des mots toujours aussi ciselés pour décrire un univers qui me passionne) ;
– des livres précurseurs : Les Exclus de Jelinek (une œuvre prémonitoire de la violence issue des écarts économiques et sociaux) et Angels in America de Kushner (une pièce qui s’interroge sur l’état de la société américaine puritaine) ;
– un livre récent : Immortelle randonnée de Rufin (un livre plein d’humour et d’anecdotes sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle qui m’a conforté dans la création de Via Compostela, marque de voyage dédiée à ce nouveau phénomène de société).

On revient ainsi à l’origine du voyage : prendre son temps, prendre le temps de perdre son temps, apprécier le temps qui passe. Voyager à pied limite son temps de déplacement, permet de définir son propre rythme, de s’évader intellectuellement. J’ai retrouvé le sens premier des voyages de Terres d’Aventure.

Un voyage humble

On ne peut pas lutter contre le temps d’acclimatation nécessaire. Le souffle court, la fatigue, les éventuels maux de tête nous ramènent très vite à notre statut. Le guide devient notre capitaine de route, pas question de dévier de ses conseils ou exigences, il est le garant de notre sécurité et il a la connaissance.
En montagne, il faut savoir renoncer. 60 km/h de vent, de la neige fraîche et -25 degrés : les conditions d’atteinte du sommet n’étaient pas réunies pour aller au bout. Une si longue attente et approche pour au final rebrousser chemin à 6400 m nous rappellent combien nous sommes si peu devant une nature si dominante.
Vivre d’un strict minimum de confort pendant 15 jours (un bout de tente, de la nourriture lyophilisée, une toilette qui se résume au brossage de dent, fondre sa neige pour l’eau…) nous rappelle l’extrême confort dans lequel nous vivons mais aussi notre capacité à s’adapter au dénuement.
Accepter de souffrir dans la difficulté de la progression à haute altitude et parfois dans sa chair (gel de la cornée de l’œil et d’un doigt… sans séquelle) est une leçon face à l’extrême.

© Laurent Vivien-Raguet

 

L’adaptation des nomades kirghizes à un environnement naturel hostile me laissent pensif face à notre mode de vie hyper facilité. Il existe encore des lieux où la nature domine le monde et impose son rythme et ses exigences. Avoir l’humilité de s’y plier est un moment rare qui m’a conforté dans ma quête.

Au final, ce voyage initiatique, lent et humble, fut un instant unique pour se retrouver face à soi dans un univers naturel extraordinaire, ce qui représente une forme de voyage qui nous ressemble et que nous voulons continuer à développer.

Commentaire (1)
bellaiche2 août 2013 à 16 h 29 min

Bravo Lionel
mieux que ton ascension ton commentaire nous donne envie d’y aller voir, mais tout le monde n’a pas la force nécessaire
je suis content pour toi
bises
Claude