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Les canyons de la mer Morte

Par - le 11 mai 2011

Récit d’une randonnée exceptionnelle au milieu des canyons de la Jordanie.

J’avais entendu parler de ces mystérieux canyons se jetant dans la mer Morte, et voulant découvrir la Jordanie hors des sentiers battus, j’ai décidé de « me jeter à l’eau » ! Je ne fus pas déçu, et cette semaine tout à la fois sportive, ludique et culturelle, est passée bien trop vite.

Dès le lendemain de notre arrivée, nous plongeons dans le vif du sujet : les minibus nous mènent des hautes collines vertes et blanches d’Amman, à près de 1000 mètres d’altitude, jusqu’à la dépression de la mer Morte, 400 mètres sous le niveau de la mer !

Ce site en lui-même force le respect, tant du point de vue historique – Jéricho, Sodome et Gomorrhe, sans oublier les fameux manuscrits – que géologique : expression la plus visible de la grande faille du Rift, il est de loin le point le plus bas de la planète. Nous ne pouvons pas longer cette incroyable mer intérieure sans nous y baigner !

C’est un vrai bain de saumure : la sensation huileuse de l’eau 10 fois plus salée que les océans, est vraiment curieuse, et on flotte tellement qu’on ne sait trop dans quelle position se mettre ! Le cadre est extraordinaire, la côte israélienne s’estompe dans une légère brume et le paysage minéral paraît irréel.

La marche d’approche de notre premier canyon débute à côté d’une surprenante ferme… d’autruches ! Rapidement nous prenons un peu d’altitude à travers des champs irrigués de melons et de pastèques, la vue s’ouvre sur le sud de la mer Morte. Nous croisons quelques tentes bédouines plantées au bord de la piste, sous le regard étonné de petites bergères. Nous descendons dans le lit du Wadi Ibn Hammad qui étale ses méandres entre des touffes de roseaux et de lauriers roses, rompant avec l’aridité de la montagne.

De l’eau jusqu’aux chevilles, nous sommes surpris par sa température, plus chaude que celle de la mer Morte, qui va aller en tiédissant au fur et à mesure que nous remontons le cours d’eau : il y a des sources chaudes en amont ! Progressivement les berges s’élèvent et se resserrent, des petits affluents forment des cascades, favorisant l’épanouissement de véritables jardins suspendus à la végétation luxuriante : palmiers en bouquets, coussins de mousses, fougères…

A l’ombre d’une falaise, le pique-nique est bienvenu. Mais le plus beau reste à venir : le canyon devient un étroit couloir entre deux hautes parois, l’eau heureusement ne dépasse jamais les cuisses mais la progression est lente, car on marche sur de gros galets irréguliers.

Laissant leurs sacs sur la berge, certains se plongent avec délice dans le courant. Par endroits une végétation tropicale envahit les parois ; notre guide nous montre une superbe orchidée. Plus loin les 2 parois se rejoignent au-dessus de notre tête, en une voûte multicolore de stalactites.

Cet endroit est vraiment extraordinaire ! L’eau suinte de partout, chargée d’oxydes de cuivre et de fer qui colorent la roche. La remontée s’achève à un bassin d’eau chaude, bien connu des habitants de la région ravis de voir des visiteurs aventuriers venus apprécier les beautés de leur pays ! Nous y retrouvons nos 2 chauffeurs et leurs minibus pour rejoindre Kérak.

Nous nous installons pour 3 nuits dans un petit hôtel au coeur de cette ville fortifiée par les Croisés, au pied de son impressionnant château médiéval ; occasion rêvée de rencontrer les Jordaniens, car les rues pleines d’échoppes sont très animées en fin de journée.

Chaque jour, nous partons à la découverte d’un nouveau canyon, tous très différents les uns des autres : Wadi Kérak et sa cascade tombant en mince filet ; Wadi Assal, plus spacieux ; enfin, Wadi Humeira, étroit couloir entre deux immenses parois de grès rouge sculptées par l’eau.

Toutes ces « randonnées aquatiques » sont faciles, il n’y a aucun passage de nage obligatoire, mais il faut parfois se frayer passage au milieu d’une végétation dense car, à part quelques bergers, nous sommes les seuls à venir ici. On profite pleinement du spectacle d’une nature vierge, loin des grands flux touristiques !

Grenouilles vertes, crabes et parfois tortues témoignent de la pureté des lieux. La semaine s’achève à Pétra où, fidèles à notre esprit d’aventure, nous dormons deux nuits d’affilée dans un décor rocheux exceptionnel. La Cité Rose cachée au coeur des tassilis est un immense labyrinthe ; notre guide nous en révèle les petits passages secrets, les étroits défilés et les panoramas uniques.

Pétra est une expérience inoubliable, un site naturel grandiose auquel les Nabatéens ont ajouté une touche artistique et mystique ! La semaine s’achevant, je n’en reviens pas de la diversité des endroits que nous avons explorés, certains tellement inattendus dans un paysage apparemment si aride et austère. Que ce soit dans les canyons ou à Pétra, j’ai vraiment la sensation de m’être profondément imprégné de ces lieux uniques…

Laurent Lartigue

Commentaire (1)
Mélusine19 mai 2011 à 14 h 03 min

Merci pour cet alléchant récit ! J’espère avoir l’occasion de faire ce beau voyage un jour…